La mondialisation:déficit budgétaire…il ne faut surtout pas en parler.

Crise européenne: l’assourdissant silence français

C’est le sujet actuellement le plus important pour l’avenir de la France, pour l’avenir de l’Europe. La crise est en train d’embraser toute la zone euro. L’effet de contagion, instillé par les agences de notation, porte-voix des intérêts financiers, gagne. Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, l’Espagne et l’Italie sont dans la ligne de mire. La Belgique pourrait être le prochain pays sur la liste, après le nouvel avertissement lancé par Fitch.

Et le “chamboule-tout” ne s’arrêtant pas là, après la Belgique, il y aurait sans aucun doute la France. Le délabrement de nos finances publiques, avec une dette de 1.600 milliards d’euros, nous place dans une situation de vulnérabilité et de chantage extrême par rapport au monde financier.

Dans ce scénario catastrophe, c’est l’existence même de la construction européenne qui est en jeu. Or, face à cet ébranlement, qui pourrait conduire jusqu’à l’explosion, une chose frappe : le silence de la classe politique française. Un assourdissant silence même, à droite comme à gauche, dans les partis dits de gouvernement. Comme si pour écarter la menace, il valait mieux occulter les problèmes.

La faillite patente des plans de sauvetage européen élaborés il y a un an, le destin de pays voisins mis à genoux, la crise financière payée par les seuls peuples, l’austérité érigée comme seule ligne de défense pour l’Europe, méritent pourtant d’ouvrir le débat. Que signifie dès lors la solidarité européenne ? Quelle Europe voulons-nous demain ? Face à ces questions, les dirigeants politiques français sont muets.

Ailleurs, le débat fait rage. En Allemagne, il occupe le devant de la scène depuis des semaines. Certes, Berlin est le premier contributeur pour le sauvetage de la zone euro, donc le premier concerné. Mais la France se situe juste après. Les partis politiques allemands discutent sans fin sur la question grecque et plus généralement sur le sauvetage de la zone. Le débat est quasiment quotidien dans la presse et au Bundestag. Certains défendent une ligne dure sur le thème : «les contribuables allemands ne doivent pas payer pour le reste de l’Europe», et demandent des sanctions pour les pays défaillants. D’autres mettent en avant la nécessité de préserver la construction européenne.

Au-delà des déclarations de principe, les dirigeants politiques plongent dans les choix techniques, expression des orientations politiques. La question de ne pas faire porter la charge par les seuls contribuables mais de faire payer aussi les intérêts privés, c’est-à-dire les banques, est largement discutée. Parce que l’urgence le commande, tous les sujets, même les plus tabous, sont étudiés. La publication par le Spiegel d’une étude sur la sortie de la Grèce de l’euro, étude vraisemblablement menée par le ministère allemand des finances, montre que les responsables politiques ne s’interdisent aucune piste de réflexion, quitte à déclarer qu’il s’agit d’une impasse par la suite.

Les divergences de vue sont affichées jusqu’au sommet de l’Etat. Alors que le ministre des finances, Wolfgang Schaüble, milite depuis plusieurs semaines pour une restructuration de la dette publique grecque, seul moyen, selon lui, d’apporter un peu de soulagement à un pays au bord de l’effondrement, la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est publiquement opposée à son ministre, en défendant une position de sanction morale, qui conduit à refuser le moindre aménagement pour la Grèce.

La dispute a pris de l’ampleur et se poursuit désormais avec la Banque centrale européenne. Celle-ci menace les pays européens de « l’horreur » selon les termes du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, s’ils acceptent une restructuration de la dette grecque. Selon la BCE, cela ne pourra que créer un précédent pour l’Irlande et le Portugal. A terme, c’est tout le système bancaire européen qui serait menacé et toute l’économie européenne avec lui. En face, le ministre des finances allemand, soutenu par les Pays-Bas et désormais par le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, promeut la nécessité d’un aménagement pour la Grèce. 
Où a-t-on entendu ces débats en France ? Quels hommes politiques s’en sont fait l’écho ? L’Europe, la crise de l’euro, la Grèce et autres semblent des thèmes politiques inexistants. Depuis l’échec du référendum sur la constitution européenne en 2005, puis la piteuse approbation du traité de Lisbonne en 2007, l’Europe est devenue un non-sujet pour la classe politique française. Personne n’ose porter le thème publiquement, tandis qu’en coulisse, les dossiers avancent en douce, en crabe.

L’urgence de la situation justifierait pourtant que toutes ces questions soient reprises, que le débat public ait lieu sur l’évolution de la cause européenne. Or, rien de tel. Les politiques n’en parlent pas. Pire, ils donnent le sentiment de ne pas y travailler, même en secret.

Au-delà des gesticulations des réunions au sommet, la position du gouvernement est des plus succinctes : la France colle à l’Allemagne.

© Reuters

La volonté de ne pas en rajouter en ce moment critique et de ne pas laisser apparaître les divisions dans le couple franco-allemand, ce qui pourrait fragiliser un peu plus l’Europe, peut expliquer en partie ce choix. Mais cet alignement semble de plus en plus tenir lieu de politique. 

C’est ainsi qu’au détour d’une dépêche, on a appris que la ministre des finances, Christine Lagarde, avait en quelques jours fait une volte-face complète au sujet de la restructuration de la dette grecque. Alors qu’il y a quinze jours à peine, le sujet «n’était pas sur la table » selon elle, voilà qu’elle s’aligne sur la position de l’Eurogroupe et défend une «restructuration en douceur». Pourquoi ? Comment ? Les Français n’auront pas eu le droit à un début d’explication.

Le silence du gouvernement et de la droite sur la crise de l’euro a quelques raisons. En s’alignant sur l’Allemagne, le gouvernement se met en quelque sorte sous la protection de Berlin. Il espère ainsi éviter les foudres des marchés, la menace d’une dégradation qui ferait perdre à la France son fameux « triple A ». Espoir sans doute vain. Car un jour ou l’autre, une lumière crue sera jetée sur la situation financière de la France.

Et ce jour-là, le bilan risque d’être moins flatteur pour le gouvernement que ce que tente de faire accroire la campagne de communication lancée par l’Elysée et François Fillon dernièrement. Les Français, jusque-là anesthésiés, risquent de découvrir la calamiteuse gestion des affaires publiques de la présidence Sarkozy : un endettement qui a quasiment doublé en cinq ans, dont «le tiers de ce dérapage seulement est imputable à la crise financière », comme le rappelle la Cour des comptes ; un déficit budgétaire non contrôlé ; des recettes fiscales totalement mitées par l’accumulation des niches fiscales et sociales ; des impasses budgétaires cachées; des services publics désorganisés et ruinés. Et en filigrane, l’obligation d’un redressement drastique des finances publiques.

A la condition que tout cela reste caché jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle, cette situation, cette menace de dégradation de la dette publique française n’est peut-être pas pour déplaire à la droite. La justification serait toute trouvée pour engager des mesures d’austérité, des programmes de régression sociale que le gouvernement n’a pas osé mener jusqu’au bout depuis dix ans. C’est au nom de la notation de la France que toute la réforme des retraites a été entreprise. La double contrainte du pacte de compétitivité, discuté en regard des plans de sauvetage européen, et de l’interdiction de faire du déficit budgétaire, que la droite rêve d’inscrire dans la constitution, servirait d’arguments supplémentaires. Mais d’ici là, il ne faut surtout pas en parler.
Si le mutisme de la droite peut s’expliquer par calcul politique, le silence assourdissant de la gauche pose question, ou du moins d’une bonne partie de la gauche. Tellement pris par leurs débats internes sur les primaires et le choix de leur champion à la présidentielle, les responsables socialistes semblent en avoir oublié la crise européenne. Leurs interventions politiques en tout cas sont restées grandement inaudibles.

La volonté du Parti socialiste de ne pas rouvrir le débat sur l’Europe et remettre en pleine lumière ses divisions internes dont il ne s’est jamais remis explique en partie cette décision. De plus, la présence de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI jusqu’au « coup de tonnerre » de la semaine dernière a sans doute incité nombre de ténors à se taire. Personne ne voulait gêner le favori socialiste à la présidentielle, désigné comme le responsable en chef du sauvetage de l’Europe pour la gauche. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de champion…

 

Tout cela a conduit à une paralysie intellectuelle et politique. A l’exception d’Arnaud Montebourg qui tente d’ouvrir une réflexion sur la démondialisation et l’Europe, la position des différents courants socialistes est obscure. Que pensent les uns et les autres des choix faits au moment de la crise financière et de la déflation sociale imposée comme seule voie dans toute l’Europe depuis un an ? Personne n’a relevé le défi de répondre à Jean-Luc Mélenchon et au Front de gauche, attaquant durement la gestion de la crise par les Européens. 

En dehors de l’Assemblée nationale, où les députés de gauche spécialisés dans ces sujets ont courageusement mené la discussion, les ténors socialistes se sont abstenus de tout propos sur le pacte de compétitivité et sur l’inscription dans la Constitution de l’interdiction de déficit budgétaire. Certes, le texte est condamné par avance : la gauche a annoncé son refus de le soutenir, il n’y aura donc pas la majorité des deux tiers des voix nécessaire pour l’inscrire dans la Constitution. Mais ce seul fait justifie-t-il d’évacuer toute explication ? Car le sujet risque immanquablement de revenir sur le tapis, l’Allemagne en faisant une question de principe.

De même, a-t-on entendu un représentant socialiste tirer les conclusions de l’échec du plan grec ? Y a-t-il un questionnement sur les choix défendus par le gouvernement sur la Grèce en ce moment ? La privatisation à outrance de tout ce qui a un peu de valeur en Grèce, privant au passage l’Etat grec de recettes, est-elle un remède qui leur semble inévitable ? Quel chemin préconisent-ils pour mettre l’Europe à l’abri de «la dictature des marchés», comme on dit ? 

La gauche se doit d’autant plus d’éclaircir ses positions que le sujet est central pour la France et pour l’Europe. La contagion menace toute la zone euro. La France pourrait très vite se faire rattraper, avant ou après l’élection présidentielle. Si la gauche l’emporte en 2012, elle pourrait se retrouver confronter à une situation comparable à celle que vit l’Espagne aujourd’hui. François Hollande, candidat à la primaire, ne le cache d’ailleurs pas : « La France est dans une situation très difficile. Si nous gagnons l’élection, nos marges de manœuvres seront très contraintes. »

Que met-il derrière ces mots ? Quelle voie le PS pense-t-il emprunter ? Après le socialiste Georges Papandreou en Grèce, le socialiste Juan Luis Zapatero en Espagne, le socialiste José Socrates au Portugal, le PS français est-il prêt à endosser les mêmes mesures au nom de la défense de l’euro et de l’Europe? Ou a-t-il un programme alternatif ?   Ces questions, qui intéressent tous les Français, ne peuvent rester dans le flou et l’ambiguïté.

Déjà, le Parti socialiste peut apporter un premier éclaircissement : du gouvernement espagnol de Zapatero et des « indignés » de Puerta del Sol, qui soutient-il? Un parti responsable, félicité en son temps par le PS pour avoir eu le courage d’adopter un programme d’austérité taillant dans les dépenses sociales, les prestations de chômage, repoussant l’âge de la retraite, diminuant les effectifs et les salaires de la fonction publique, au nom de la défense de l’euro? Ou ces jeunes qui ont envahi l’espace public et expliquent que «plus personne ne les représente et ne les défend» et que l’intérêt général a été sacrifié sur l’autel des intérêts particuliers?

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A propos pinkette234

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